Macroéconomie écologique et sobriété
Cours magistral, AgroParisTech, 2026
Ce cours de’introduction à la macroéconomie écologique et aux enjeux de sobriété est destiné aux élèves des cursus SPES et GTES de Master 2 d’AgroParisTech.
Contexte et objectifs du cours
Une littérature de plus en plus nourrie démontre que les développements technologiques, la circularité ou la substitution ne permettront pas de concilier un imaginaire économique et politique d’accumulation et de progrès avec la limitation du réchauffement climatique ou la protection de la biodiversité. Les mesures d’atténuation côté offre visent à mieux utiliser les ressources énergétiques et matérielles pour un service donné. Pourtant, les inévitables effets rebonds, l’inertie des investissements technologiques ou l’incompressibilité des empreintes de certains secteurs stratégiques sont autant de raisons expliquant l’insuffisance de celles-ci. En plus de diminuer l’empreinte environnementale de notre consommation, il est donc nécessaire d’envisager une limitation de celle-ci.
Une sobriété tirant sa justification de considérations d’ordre moral ou philosophique existe depuis l’Antiquité. On la retrouve chez les Épicuriens, dans la pensée des Lumières ou dans la pensée chrétienne par exemple. Comme réponse aux défis écologiques, elle revient ainsi aujourd’hui au cœur des réflexions sociopolitiques.
Les gouvernements successifs ont longtemps prôné une seule sobriété volontaire centrée autour des écogestes individuels. Que ce soit autour de problématiques d’énergie (Loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, 2015), de mobilités (Loi d’orientation des mobilités, 2019) ou de gestion des eaux (Plan Eau, 2023), les politiques publiques de sobriété consistent aujourd’hui en l’accompagnement et la valorisation sociale d’un apprentissage individuel de pratiques écologiquement, financièrement et moralement vertueuses, au travers, souvent, d’actions de communication et d’animation.
Cette approche est pourtant jugée insuffisante face à l’urgence écologique : les interventions ne peuvent s’en tenir aux comportements individuels mais doivent se déployer dans des stratégies et des infrastructures. Ramener la sobriété à des pratiques individuelles apparaît sous-proportionné face à l’ampleur des déséquilibres écologiques et tend à faire porter aux individus une trop grande partie des processus de transformation, en évitant d’interroger les causes plus structurelles de ces déséquilibres. Il apparaît ainsi nécessaire que l’intervention publique rende possible, guide et accélère le déploiement de mesures d’atténuation par la demande.
Mais imaginer que ces potentiels soient atteints, et donc qu’un grand nombre de ménages baissent leur consommation, pose des questions sur la dynamique économique d’ensemble de la société. En tant que moteur essentiel de l’activité économique, la consommation stimule la production et crée des incitations pour l’innovation et l’investissement qui, en retour, permettent une augmentation de la croissance économique et du pouvoir d’achat. En apparence, briser ce cercle vertueux pourrait avoir des conséquences délétères : baisse de la production et de la profitabilité des entreprises entraînant une augmentation du chômage, baisse du pouvoir d’achat, diminution de la capacité d’innovation et de la compétitivité internationale, recul des recettes fiscales et donc de la capacité d’investissement public, etc.
Ce cours de 3 h vise à proposer un aperçu de la mise à l’agenda public de la notion de sobriété et à analyser un ensemble de considérations économiques que cela amène.
Le cours s’adresse à un public sensibilisé aux problématiques environnementales n’ayant pas forcément de bagage économique.
Contact
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