Thèse #1 : La sobriété dans la littérature académique

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“Tiens-moi au courant quand tu auras des résultats, ça m’intéresse !”

C’est sûrement la phrase que j’ai le plus entendue lorsque je présente mon sujet de thèse ! J’ai donc décidé de lancer une série de billets de blog. L’idée ? Partager avec vous quelques réflexions issues de mes travaux et quelques premiers résultats.

À travers ces billets, je souhaite explorer les multiples facettes d’une transition vers la sobriété et vulgariser certains mécanismes économiques sous-jacents. C’est aussi une occasion d’échanger avec vous, d’affiner mes réflexions et de garder une vision d’ensemble cohérente de mon sujet et des débats qui l’entourent.

La recherche académique sur la sobriété, c’est quoi ?

Il y a quelques mois, j’ai réalisé une revue de littérature (non exhaustive) pour cerner les questionnements actuels autour de la sobriété et mieux comprendre les frontières de la recherche existante. Avec une méthodologie rigoureuse – bien que non systématique –, j’ai identifié 599 articles pertinents.

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Une question de vocabulaire ?

Mon travail porte sur les impacts socio-économiques des transformations des modes de production et de consommation visant à réduire notre empreinte environnementale. En France, ces évolutions sont souvent décrites par des termes comme sobriété, décroissance, frugalité ou simplicité volontaire.

Dans la littérature scientifique anglophone, on retrouve une diversité de concepts comme sufficiency, degrowth, sustainable consumption, downshifting ou encore demand-side mitigation. Ces notions recouvrent des périmètres variés et ne se recoupent pas toujours. Une première conclusion s’impose : la sobriété, telle qu’on l’entend dans le débat public français, est en réalité éclatée entre plusieurs courants de recherche travaillant souvent en parallèle, sans véritable dialogue entre eux.

Concept framework

Approche normative ou empirique ?

La littérature académique aborde la sobriété sous deux angles complémentaires. Une approche normative vise à alimenter les débats publics et politiques en proposant des outils conceptuels et méthodologiques, allant des modèles théoriques aux exercices de prospective. L’autre, plus empirique, s’intéresse aux pratiques de sobriété existantes en analysant des études de cas, des enquêtes de terrain ou encore des évaluations de politiques publiques. Si ces deux approches sont essentielles, elles interagissent encore trop peu, alors même qu’elles pourraient se nourrir mutuellement.

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Quelles grandes questions se posent ?

À l’issue de cette revue de littérature, plusieurs grandes questions émergent. La première concerne la nature des transformations socio-économiques impliquées par la sobriété. Les approches normatives décrivent des pratiques et politiques qui pourraient être mises en place à travers différentes disciplines comme l’économie ou la sociologie, tandis que les approches empiriques permettent d’identifier les dynamiques concrètes déjà à l’œuvre et les mécanismes qui les sous-tendent.

Disciplines in the literature

Un second axe de réflexion porte sur les impacts de ces transformations sur les systèmes socio-économiques. L’angle environnemental est aujourd’hui dominant : il devient de plus en plus difficile d’imaginer limiter le réchauffement climatique sans infléchir la demande des consommateurs. Les scénarios actuels reposent souvent sur des hypothèses optimistes d’innovation technologique ou de capture du carbone, rendant la sobriété incontournable. Cependant, cette transition soulève aussi des questions socio-économiques cruciales : inégalités, emploi, effets territoriaux, fiscalité, et viabilité du modèle social. Ces enjeux doivent être pris en compte pour garantir une transition juste et acceptable.

Enfin, se pose la question de l’organisation de cette transformation. Quels leviers politiques activer ? Quels obstacles lever ? Quels imaginaires mobiliser ? Quels acteurs impliquer et à quel rythme ? Ces interrogations sont au cœur de mes recherches et seront développées dans les prochains billets.

Literature review framework

J’espère que ces réflexions vous interpellent et vous donnent envie d’en savoir plus. N’hésitez pas à partager vos questions ou suggestions en commentaire. À très bientôt pour la suite !